ACTUALITÉS/ACTIVITÉS

2014

Nouvelles activités ou publications

Les nouvelles sont souvent annoncées sur la page facebook.
Cliquer sur le f bleu à droite sur cette page pour y accéder.

Plusieurs articles ou tableaux sont mis en ligne assez souvent dans la catégorie des listes et tableaux ainsi que dans celle des articles publiés par la SHFR et notamment plusieurs listes de Filles du Roy concernant les années d'arrivée, les lieux d'établissement, les mariages...

 

CETTE SEMAINE

1664-2014

Chaque année, de 1663 à 1673, un contingent de Filles du Roy a traversé l'océan pour rejoindre la Nouvelle-France.

En 2014, 14 nous soulignons l'arrivée de 14 nouvelles recrues. Elles seront personnifiées par 14 Québécoises qui leur sont «jumelées». Ces femmes se sont bien préparées pour les représenter avec fierté. Trois colons accompagneront les Filles du Roy que nous vous présentons dans le dépliant de 2014.

Depliant SHFR-2014

Cliquer pour consulter ou télécharger

Le dépliant SHFR 2014

 

Récemment

Assemblée générale de la SHFR

Le dimanche 8 juin s'est tenue au Centre Monmartre à Québec l'assemblée générale de la SHFR.

Après le rapport de la présidence et la présentation du plan d'action pour l'année à venir et la présentation du rapport financier ainsi que celui de la vérificatrice, les états financiers ont été adoptés.

Les élections à cinq postes d'administrateur ont suivi et ont été élus ou élues :

Irène Belleau
Michel Belleau
Michelle Desfonds
Michel Dubé
Gérard Viaud

La mission de la Société d'histoire des Filles du Roy se poursuit et 2014 s'inscrira dans la continuité avec ce qui a si éloquemment caractérisé 2013.

Remise de deux certificats d'ascendance matrilinéaire

Immédiatement après l'assemblée générale du 8 juin 2014, descendantes en ligne directe, de mère en fille, d'une Fille du Roy, Madame Champagne et Madame Dussault ont reçu des mains de Madame Belleau et au nom de la Société des Filles du Roy (SHFR) en collaboration avec la Société de généalogie de Québec (SGQ) leur certificat d'ascendance matrilinéaire.

 Mme ChampagneMme Dussault

 

 

 

Que sont-elles devenues?

Conférence d’Irène Belleau sur les Filles du Roy
à La Salpêtrière, à Paris
le 5 juin 2013

 

Présentation

« Je réveillerai le temps passé. J’en sortirai des personnages encore vivants, enfouis sous les décombres. Je vous les donnerai à voir et à entendre .[…] Est-ce si difficile de faire un jardin en pleine forêt et de l’entourer d’une palissade comme un trésor ? Louis Hébert et Marie Rollet ont semé le premier jardin avec des graines qui venaient de France. Un jardin de France jeté dans le Nouveau Monde. Toute l’histoire du monde s’est mise à recommencer à cause  d’une femme et d’un homme  plantés en terre nouvelle. »

Le premier jardin, Anne Hébert, 1988.

Et puisque le discours historique se définit par ses conditions d’existence, j’ai choisi, pour vous, de faire revivre – comme dans un jardin – les femmes dont je veux vous parler.

Lorsqu’ELLES ont quitté le sol français, de 1663 à 1673, ELLES étaient orphelines, pour plusieurs ELLES étaient de la Salpêtrière, membres de familles apparentées à des pionniers et pionnières déjà en Nouvelle-France, sûrement bien choisies par les autorités recrutrices et sans aucun doute de bonne réputation.

ELLES sont venues au Nouveau Monde munies d’un objectif des plus nobles, peupler une terre non encore défrichée, faire des enfants capables d’engendrer une  descendance – même un peuple -, mission bien différente de celle de s’enrichir par le commerce des fourrures, celle du castor en particulier, et au-delà de l’objectif de peuplement.

ELLES ont été, pour la plupart, fidèlement engagées à mettre au monde une partie de l’Amérique, ce qu’ELLES ont fait et qui nous rassemble ici aujourd’hui après 350 ans. Mais les aléas de la vie ont mis sur leur chemin un certain baron dont nous n’osons plus dire le nom et ELLES sont devenues femmes de mauvaise vie. Arrivé en 1683 avec un mandat du roi, reparti en 1703 après avoir visité les colonies de l’époque : La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane française, ce « fameux » baron lui-même devenu de réputation douteuse, écrivit qu’il avait rencontré des Filles du Roy – des filles à marier - de « petite et moyenne vertu ». Et le bal était ouvert. Les Filles à marier sont devenues des femmes de mauvaise vie ! Et cela dure depuis 350 ans. On ne les connaît pas. ELLES se sont glissées dans notre histoire sous des généralités, des statistiques, de fausses représentations. Leurs NOMS nous sont, pour la plupart, inconnus.

Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur NOM,
Face au fleuve, d’où elles sont sorties au XVIIe siècle
Pour nous mettre au monde
Et le pays avec nous.

Anne Hébert, Le premier jardin, 1988

Que sont-ELLES devenues ? J’ai choisi de vous parler d’ELLES, par leurs NOMS, les identifiant dans des séquences de VIE, pour mettre un terme à l’oubli et au mépris dont elles furent victimes. Les connaître, les re-connaître comme un corps social qui s’appelle les Filles du Roy et les ré-habiliter devant l’opinion publique, retrouver leur valeur de femmes pionnières, re-situer un épisode essentiel de notre histoire commune de la France et du Québec.

ELLES sont parties – disons 770 – au moins – mais contrairement à Maria Chapdelaine, ELLES ne sont pas toutes restées en Nouvelle-France. C’est de celles-là dont je veux vous parler en premier. Pourquoi ? Parce que je ne sais pas vraiment ce qu’elles sont de-venues.

Les émigrées

Quarante-neuf des 770 ont décidé, un jour, de rejoindre le pays natal. À divers moments de leurs vies. Quelques-unes sitôt arrivées dans un pays de forêts, de chemins de rivières, à l’autre bout du monde, à l’autre bout de leur monde. Le Nouveau-Monde les a accueillies et il les a laissées partir.

Cinq d’entre ELLES après plus de 20 ans sur nos rives; neuf après 15-18 ans en Nouvelle-France, sept entre 7- 9 ans  dans une cabane de bois rond, dix entre  3 et 5 ans, sept  reparties l’année de leur arrivée !

Pourquoi quitter Cap-St-Ignace pour sa Normandie après 20 ans passés sur nos rives ? Marguerite Roussel de 1673 à 1693, elle s’est mariée 2 fois, a eu 4 enfants d’un premier mariage puis 5 autres et un jour, elle décide de retourner en France. Rien ne laisse en deviner les raisons. Pourquoi quitter Charlesbourg après 13 ans passés sur ses terres avec Jacques Gerny, avoir eu 3 enfants et repartir ? Mystère d’Antoinette Compagnon. Pourquoi quitter Varennes et retourner à Paris après 5 ans, de 1673 à 1678, n’avoir eu qu’un enfant « illégitime » ? Pourquoi Marie-Marguerite de Provinclieu quitte-t-elle Chambly après une année seulement pour sa Champagne sans avoir vraiment connu le pays nouveau ? Pourquoi reprendre le bateau l’année même de son arrivée ?

De multiples questions nous envahissent : avaient-ELLES eu des enfants ? les ont-ELLES abandonnés ou reparties avec eux ? Le mari a-t-il suivi dans cette aventure ? Ont-ELLES retrouvé leur famille … que sont-ELLES devenues ? La France les a-t-elle re-trouvées ? Questions parfois sans réponses.

Catherine Beuzelin de Normandie partie en 1671 et sept autres[1] reprennent la mer la même année que leur arrivée dont 5 sont originaires de l’Île-de-France. L’une d’ELLES apportait pour 600 Livres de biens (Marie-Anne Firman), une autre avait signé et annulé un contrat de mariage, une autre avait eu « un enfant illégitime » (Marie Lebon). L’immensité du pays à développer leur a peut-être fait peur ou le dépaysement total ou encore le regret d’avoir quitté des liens familiaux. Que sont-ELLES devenues ? On ne saura probablement jamais.

Marguerite Chabert de La Charrière, noble, elle sait signer, elle apporte pour 3000 Livres de biens et quitte après deux ans de même que 5 autres[2]. Leur court parcours laisse toutefois soupçonner – bien que sans preuves tangibles – que, protestantes, la religion ait pu influencer leur décision. Sylvie Carcireux  du Berry, Élizabeth Hubert de Paris, Catherine Marchand de La Rochelle, Marie-Angélique de Portas de l’Île-de-France, Jeanne Levasseur de Normandie, toutes de 1667, l’année des protestataires de Dieppe, ont regagné la France après peu d’années passées dans la vallée laurentienne.

Quelques-unes ont été confrontées à la justice de l’époque : Marie Pérodeau originaire du Poitou  (1669) a 4 enfants et après 15 ans en Nouvelle-France, elle décide d’émigrer à la suite d’une accusation d’adultère qui semble fausse puisque son accusateur a été condamné à faire réparation d’honneur[3]. Elle s’en va en France en 1684; son mari Georges Stems la rejoint. Que sont-ils devenus ?

La majorité de ces Filles du Roy émigrées n’avaient eu que quelques enfants souvent morts en bas âge[4]. Le mari, la parenté ou le milieu ont sans doute « adopté » les autres car les archives nous permettent de les retracer tout au long de leur itinéraire de vie sans qu’ils revoient leur mère. Et ce ne sont que quelques-unes des 49 qui ont refait le chemin inverse.

Et il y en a d’autres.

Les protestantes

Il est bien connu que les protestants furent exclus de la colonisation de la Nouvelle-France. C’était un « principe » dirions-nous. L’histoire nous prouve qu’il en vînt et des plus importants : marchands, soldats, hommes de métiers et des Filles du Roy aussi.

L’acte de baptême au Temple protestant de certaines Filles du Roy – et de leurs parents dans quelques cas – nous sont connus. L’acte d’abjuration d’un bon nombre de Français – des engagés surtout – futurs époux de Filles du Roy le sont aussi, dans nos archives, venus tant de La Rochelle que de Rouen.

Les Valade : Marie arrive en 1663, ses deux frères Guillaume et Jean viennent la rejoindre, leur cousin Jean Normandin est arrivé plus tôt; ils étaient des huguenots; Marie, Fille du Roy, épouse en secondes noces Philippe Boudier, huguenot, lui aussi. Nous ne savons rien – du moins pour le moment – de leur vie de partisans de Calvin. Y a-t-il encore des archives non dépouillées qui pourraient receler des informations pertinentes à ce sujet ?

De Rouen, Catherine Basset et Marthe Quitel, arrivées l’une en 1667 et l’autre en 1665, toutes deux Filles du Roy, abjurent le calvinisme la veille de leur mariage, à Québec. Marthe Quitel épouse Barthélémy Verreau, forgeron et taillandier, huguenot, de Langres, le 22 septembre 1665. Catherine Basset épouse Pierre Bourgouin dit le Bourguignon, tissier, le 17 octobre 1667. Marie Huet, Fille du Roy, est baptisée au temple de Grand-Quevillon, à Rouen. Elle épouse Jean Boesmé, huguenot, engagé de Poitiers. Tous et toutes prennent racines en Nouvelle-France de même qu’Isabelle Dubreuil, Fille du Roy qui épouse en 1665 Benoît Faure de Bordeaux lequel abjure. Et  cette dernière  retourne en France en 1667. Qu’est-ELLE devenue, Isabelle ? On n’en sait rien. Madeleine Delaunay, Fille du Roy, originaire du Languedoc, épouse Pierre Guillet dit Lajeunesse, huguenot, en 1670, au Cap-de-la-Madeleine. Elle émigre en 1695 et elle décède à St-Jean-du-Perrot, à La Rochelle, ayant laissé en Nouvelle-France ses sœurs Anne, Jeanne et Suzanne Delaunay.  Elle, on sait ce qu’elle est devenue.

Élizabeth Doucinet rejoint sa sœur Marguerite qui a épousé en Nouvelle-France un huguenot Philippe Matou et elle-même épouse aussi un huguenot Jacques Bédard qui avait abjuré en même temps que ses parents en 1660. Anne Javelot et Marie Léonard épousent, l’une, Jacques Leboeuf et l’autre, René Rémy de la Champagne, protestants. Marie et Élizabeth Targer épousent des huguenots, Mathurin Gerbert de Nantes et Jean Royer de St-Cosme-de-Vair et en 2e noces Robert Tourneroche de Rouen. Toutes ces Filles du Roy eurent de nombreux enfants baptisés dans la religion catholique. Comment la transition a-t-elle été vécue ?

Toutes celles-là sont restées; ELLES ont voilé leur appartenance au protestantisme et engagé leur nouvelle vie dans un silence « obligé ».

Et il y eut aussi des veuves.

Les veuves

Traverser aujourd’hui l’atlantique avec de jeunes enfants, en bateau ou en avion, n’a rien de spectaculaire, ni de rare, ni de dangereux, ni d’osé…c’est courant. Mais en 1663, c’était autre chose. Il est facile d’en convenir. Silvio Dumas dénombre 32 Filles du Roy veuves venues sans enfant qui ont bénéficié de la dot royale. L’une d’ELLES avait même 45 ans (elle n’avait sans doute pas l’intention de faire une famille ! ) J’en ai trouvé 6 venues avec de jeunes enfants. Il y en a probablement d’autres.

Marguerite Ardion, 25 ans, veuve de Laurent Beaudet, se hasarde. Son fils Laurent, né à La Rochelle le 13 février 1662 fera le voyage avec elle. Que sont-ils devenus ? Elle trouve rapidement Jean Rabouin, un engagé de 1656, un laboureur qui a déjà une terre à l’Île d’Orléans. Ils auront 8 enfants, 7 filles et un Jacques qui décède à 5 ans ce qui explique que le patronyme Rabouin n’a pas eu cours en Amérique. Marguerite Ardion meurt à 38 ans, son mari épouse Marie Mineau. L’enfant Laurent Beaudet-Rabouin  maintenant orphelin de père et de mère s’en va chasser le castor aux Pays d’En-Haut.

Suzanne Aubineau  32 ans, veuve de Pierre Auclair, s’embarque pour la Nouvelle-France avec ses 2 enfants : Pierre 11 ans et André 4 ans. Elle a des biens pour une valeur de 300 Livres de quoi intéresser un colon ! En effet, Mathias Campagna et Suzanne auront 4 enfants qui s’ajouteront aux deux Auclair. Que sont-ils devenus ? Une famille reconstituée, dirions-nous, dans notre vocabulaire moderne.

Françoise Brunet, 28 ans, originaire de Bretagne, veuve de Martin Durand arrive en 1663 avec ses 2 filles : Jeanne 9 ans et Françoise, 7 ans. Que sont-ELLES devenues ? Françoise meurt subitement à 38 ans, mère d’un enfant. Ses deux filles se marient; elles auront connu l’Amérique plus longtemps que leur mère.

Jeanne-Claude de Boisandré, 32 ans, veuve de Pierre Rancourt, vient rejoindre sa sœur arrivée en 1663, toutes deux orphelines de père. Jeanne-Claude arrive avec son fils de 6 ans. Elle meurt à 35 ans; son fils en a 14. Joseph-Noël Rancourt à 28 ans épouse Marie Parent; ils ont 9 enfants et c’est par le fils de Jeanne-Claude que les Rancourt ont une nombreuse progéniture. Qu’est devenue sa sœur Catherine de Boisandré ? Elle n’a pas eu d’enfant avec Marc-Antoine Gobelin dit St-Marc mais son nom apparaìt maintes fois comme marraine lors de baptêmes sur l’Île d’Orléans.

ELLES sont venues veuves et elles sont restées.

D’autres ont été confrontées à la justice de l’époque.

Les Filles du Roy devant la justice

Le dépouillement des archives judiciaires de l’époque n’a pas fini de nous les faire connaître. Au-delà des généralités des chicanes de clôtures, la recherche révèle des situations étonnantes allant de la représentation formelle devant le tribunal à des sentences justifiant la potence !

Je m’attarderai, ici, aux causes suivantes : les Filles du Roy, mères d’enfants « illégitimes ». Cette notion de légitimité « de naissance » est intimement liée à une règle de l’Église catholique; un commandement appris dans mon enfance, à l’école, se formulait ainsi :
                                             L’œuvre de chair ne désireras
                                                Qu’en mariage seulement.

Déroger à cette règle constituait une faute passible d’une sentence de mort. Surtout dans le cas de Catherine Basset parce que, comme le dit l’acte judiciaire, « pour faire un exemple » compte tenu qu’elle entraînait d’autres femmes à se prostituer.

Un premier procès la « bannie de la ville » tant qu’elle ne « changera pas de vie ». Elle s’exile dans Lotbinière. Elle revient à Québec et recommence. Un autre procès exemplaire : deux fleurs de lys imprimés au fer chaud sur les deux épaules, une tournée dans les rues de la ville attachée à la charrette et… la potence par « ordre de justice » souligne quelquefois l’acte de sépulture notamment pour Marie Quéquejeu exécutée le 14 mai 1684 à Québec avec son gendre.

Ces situations qui nous font frémir aujourd’hui ont probablement affecté d’autres Filles du Roy qui retournèrent en France avec leurs enfants TELLES Marie Montminy, Thérèse Saunois, Charlotte Pecquet, Jeanne Quentin, Marie LeBon de Champfleury. Plusieurs autres Filles du Roy furent mères d’enfants illégitimes comme une erreur de parcours et, dans bien des cas, l’enfant est intégré à la famille : Anne Thirement (1670), Françoise Bourgeois (1669), Renée LaBastille (1668), M.-Catherine Cotin d’Arras (1664), Catherine Bruneau (1670).

Le cas de Marie Chauvet et de Catherine Guichelin sont toutefois différents. Catherine Guichelin (1669) a trois enfants; son mari Nicolas Buteau l’abandonne; elle mène une vie de débauche. Bannie de la ville comme Catherine Basset, elle « donne ses faveurs » à Jean Aumier et à Jacques Michelon puis, plus tard, à Jacques Labossé, de François Turbot[5] et ainsi naissent 5 enfants « illégitimes » dans des lieux différents. Que devient-ELLE ? Elle épouse Charles Tissiau en 1708 puis Jean Roy en 1716 et meurt à 80 ans retirée à St-Joachim chez un de ses fils ! Qui connaît son histoire ?

Marie Chauvet dite Quinquenelle (1668) est devant le Conseil Souverain en 1669 et accusée d’adultère avec Pierre Vivien et Étienne Roy[6]. Elle est condamnée « a estre razée et battue de verges par les carrefours ordinaires de cette ville et ensuite enfermée dans un lieu sûr pour y demeurer en lui fournissant par le dit Fayon[7] sa nourriture, si mieux, il n’ayme la reprendre avec luy »[8]. Qu’est-ELLE devenue ? Son mari meurt en 1692 mais comme il n’a pas payé les cens et rentes de sa terre depuis 15 ans, elle n’a plus rien. Elle repasse en France. Ses terres retournent aux Jésuites. Dépossédée, la retrouve-t-on dans les archives françaises ?

Bien d’autres cas amènent les Filles du Roy devant la justice plus particulièrement pour des causes « d’injures »; autant pour avoir été injuriées que pour avoir injurié quiconque. Et ces causes sont très nombreuses. À l’époque, à mon avis, deux choses sont importantes : la terre et la réputation. S’approprier une parcelle de la terre du voisin ou raconter qu’une telle a été vue sur les genoux d’un buveur exigent une sentence.

Un exemple : René Rhéaume a injurié Anne Tavernier (1669) « il a dit des injures atroces contre son honneur »[9]; il doit lui demander pardon à genoux et payer 3 sols d’amende pour l’hôpital. À son tour, Anne Tavernier injurie Charles Marquis « elle lui a donné un soufflet »[10]; elle fera des excuses et devra prouver que Marquis est un faussaire. Elle tient des propos injurieux à l’endroit de François Saint-Michel, soldat ; elle doit prouver que St-Michel est un receleur d’une poule d’Inde et qu’il tient une maison de débauche[11]; elle a la défense de dire des paroles injurieuses.

Ce ne sont que quelques exemples; d’autres plus éclatants auraient pu être cités.

Les Filles du Roy et les mariages annulés

J’en ai dénombré 119. Plusieurs Filles du Roy en ont annulé 2 : Françoise Charron après en avoir annulé 2, l’un en 1665, l’autre en 1667, décide de ne pas se marier; Marie Ducoudray annule le premier le 25 août 1670, trois jours après, le 28, elle en  annule un 2e pour finalement épouser François Grenet le 15 septembre; Catherine Gateau annule le 11 octobre 1671, annule le 2e le 2 novembre pour, en désespoir de cause peut-être épouse le 2e Vivien Jean le 29 novembre; peut-être aussi que le futur lui-même avait quelque difficulté à se fixer… Comme on le voit, les Filles du Roy pouvaient se prévaloir de décider de refaire un choix… On s’imagine souvent que compte tenu d’une directive de Talon que les mariages devaient avoir lieu avant le départ des vaisseaux qu’elles prenaient époux à la volée ! Il est vrai que certaines sont tombées dans les pommes à la première amourette; je l’ai prouvé avec des NOMS sur le site web de la SHFR.

Il faudrait, à mon avis, ajouter qu’il n’y a pas que les femmes qui soient volatiles… je vous présente deux cas d’hommes qui éprouvent de la difficulté à « choisir » une épousée. Voyons plutôt.

Jean De LaLonde et Jean Barolleau semblent eux aussi voler de branche en branche : Barolleau annule le 7 septembre 1670 le contrat passé devant Romain Becquet avec Marie Navaron (1670) de Paris; elle ne se mariera pas; elle disparaît; elle est probablement sur votre territoire; le papillon Barolleau se risque auprès de Anne Talbot (1670) de Rouen 6 jours après, le 13 septembre toujours devant Becquet ; le papillon ne se pose pas… il vole auprès de M.-Madeleine Deschamps (1670) du Berry  15 jours après, le 28 septembre; elle ne se marie pas; on n’a plus de trace d’elle par la suite. Qu’est-elle devenue ?

Jean de LaLonde dit L’Espérance fait une première approche auprès de Françoise Hébert (1667) de Rouen [12] ; il trouve Marie Barbary/Barbant (1666); il l’épouse à Sorel en 1669; elle meurt au massacre de Lachine en 1689. Jean de LaLonde n’est pas en reste. Il a 5 enfants; il lui faut une autre femme. Il approche Marie Poiré (1669) le 27 septembre devant le notaire Duquet; elle refuse, mariage annulé. Pas chanceux…il rencontre Pierrette Vaillant (1669) de Paris; nouvelle déception, elle annule (ou lui…) le 30 octobre. Pierrette ne se marie pas; elle disparaît de nos radars après 1669.

Nous ne saurons jamais qui de l’un ou de l’une avait le « non » facile… Le même sort attend Jean Amaury/Mory et Madeleine Tisserand et Marie Vigny/Vignier…

Françoise Charron (1664) 46 ans, veuve de Michel Baron de Rochefort annule un premier contrat avec Zacharie Maheu du Perche (51 ans) en 1665; elle choisit de devenir servante chez Nicolas Marsolet et Marie LeBarbier à Québec; c’est là qu’on la retrouve aux recensements de 1666 et de 1667; elle annule le 16 octobre 1667 devant le notaire Becquet avec Robert DeLamarre; elle disparaît par la suite….Que devient-ELLE ? Mystère.

Marie Montminy 18 ans arrive en 1664 de Rouen; elle annule un premier contrat de mariage le 12 octobre 1665 avec Thomas Grandry 22 ans qui épouse Marie Lanfillé le 18 octobre; Marie Montminy est mère d’une enfant « illégitime »  Julienne baptisée le 19 décembre 1665 et elle épouse Noël Rose, cordonnier, le 7 janvier 1666 (il accepte sans doute le premier né de Marie Montminy) et ils ont 9 enfants à  Beauport; son mari décédé, elle épouse François Dumas en 1687 et en 1688, elle demande au Conseil Souverain « la permission de vendre la maison de son premier mari pour repasser en France avec ses jeunes enfants François 4 ans et Marie 3 ans. On ne sait pas si elle est vraiment partie mais on sait que ses 2 enfants se sont mariés en Nouvelle-France.

« Si un jour, on arrive à tout rassembler du temps révolu, TOUT, exactement TOUT avec les détails les plus précis : air, heure, lumière, température, couleurs, textures, odeurs, objets, meubles, on doit parvenir à revivre l’instant passé dans toute sa fraîcheur », note Anne Hébert  qui regrette  que « pour la petite Renée Chanvreux, trois lignes à peine dans le registre et l’inventaire de son maigre trousseau. Trouvée dans les neiges. Son premier hier, sa première neige. Comment la réveiller, cette petite morte, raidie sous la glace et le temps, la faire parler à nouveau, lui demander son secret de vie et de mort, lui dire qu’on l’aime farouchement comme un enfant qu’on doit ressusciter ? » Anne Hébert (Le premier jardin, p. 104)

« Quand lord Durham prétendait que nous étions un « peuple sans histoire », il ne voulait pas dire que nous n’avions pas de passé; il constatait que ce passé n’avait pas été haussé au niveau d’une conscience historique, une mémoire collective ». C’est ainsi que Fernand Dumont, sociologue de réputation internationale – poète et professeur – dégageait de sa réflexion de philosophe une voie toujours à réinventer. « La mémoire collective n’existe pas que dans les livres d’histoire, dit-il. Elle se trouve aussi au ras du sol, dans les traditions, dans les mouvements sociaux »[13] et j’ajouterais dans la mise à jour de ce qui a pu être oublié. C’est ce qui nous anime face à cet épisode de notre histoire de 1663 à 1673 et que nous voulons, comme une résurgence, partager avec vous, développer une mémoire historique des lieux de mémoire communs, lieux matériels mais aussi liens immatériels par la transmission de savoirs traditionnels et technologiques.

Les mortes en couches

Mourir en donnant la vie ! Sempiternelle situation des femmes depuis le début des temps. Les Filles du Roy n’y ont pas échappé. Yves Landry considère que le risque de mourir à un accouchement s’accumule avec la successsion de grossesses. La proportion de Filles du Roy mortes en couches est relativement élevé atteignant jusqu’à 5 %. Mourir en couches –c’est terrible psychologiquement – surtout si c’est le premier – le seul – et le dernier et que le but principal de s’être expatriée était justement de faire des enfants !

Suzanne Lecompte arrive en 1665 et meurt en donnant naissance à son unique Michel au Cap-de-la-Madeleine en 1666; Marie-Madeleine Normand arrivée en 1669 à 18 ans donne la vie à 11 enfants puis le 12e lui enlève la vie, elle meurt à 44 ans. J’en ai relevé une bonne douzaine et il y en a peut-être d’autres : Françoise Baiselat arrive à 17 ans, elle se marie trois fois (12 enfants) : Le 30 may 1694 a été baptisé Francois fils d’André Gourbeil (Corbeil) et de Françoise Bizelin et en marge, il est écrit : la femme morte après avoir mis le dit enfant françois au monde ; elle avait 43 ans. M.-Louise Bardou, M.-Claire de LaHogue, Anne Delestre, Barbe Ménard, 36 ans, 8 enfants à Ste-Famille de l’Île d’Orléans : Le 16 juin 1685 Barbe Ménard agée de 32 ans femme de Antoine Vermet a été enterrée le 17…et ce mesme jour et an a esté pareillement enterré dans le mesme cimetiere le corps du petit enfant de la ditte Ménard » Anne Perreault, Florimonde Rableau, Jeanne-Marie Servignan, Perrette Vallée décédée en « travail d’enfant ».

Mères d’enfants illégitimes : que sont-elles devenues?

Il y a celles qui arrivent et qui, avant même de trouver mari, tombent dans les pommes…dans les bras d’un amoureux. Silvio Dumas dit que « quelques-unes sans expérience de la vie ajoutent foi aux belles promesses de prétendants peu scrupuleux qui abusèrent d’elles et les exploitèrent. Il y a celles qui, tout au cours de leur vie, à l’intérieur du mariage, souvent après plusieurs années de matermité, parfois abandonnées par un mari coureur des bois, enfantent hors union conventionnelle.

Madeleine Bailly a six enfants avec Guillaume Vanier; il meurt . Madeleine a 45 ans et elle donne naissance à un enfant né d’un père inconnu. Antoinette Legrand épouse Nicolas Prunier; ils s’établissent à Lavaltrie. Son mari est enlevé par les Iroquois. Elle en aura un illégitimement.

Jeanne Rigaud a six enfants à Champlain. 14 ans après son mariage avec Michel Poirier dit Langevin, un nommé Lafranchise lui conte fleurette et naît Marie Jacquette.

Charlotte Pecquet épouse René Richard en 1671; ils ont 3 enfants : un à Boucherville, un à Beauport et un à Québec. Un 4e né de père inconnu  - dit-on - mais dont les archives judiciaires nous révèlent le nom car Charlotte après la naissance de Julien dépose l’enfant à la porte du château à Québec; elle attend quelques heures et lorsque le dit Colin valet et huissier du gouverneur sortit, elle se porta à luy et déposa l’enfant à ses pieds en lui disant : Voilà ton enfant faisant ce que tu voudras. Charlotte retourne en France. Qu’est-elle devenue ? La France peut-elle nous le dire ?

Tout n’est pas triste…Catherine Guichelin mène une vie de débauche après que son mari Nicolas Buteau l’abandonne et retourne en France. Elle a trois enfants. Elle est bannie de la ville jusqu’à ce que son mari soit de retour. L’oiseau ne revint pas. Elle continue à donner ses faveurs à Jean Aumier et à Jacques Michelon. Elle donne naissance à  cinq enfants illégitimes. Qu’est-elle devenue ?…Finalement, elle épouse Charles Tissiau dit St-Germain et elle meurt à 80 ans.

Que sont-elles devenues?

Elles sont devenues les Mères de la Nation Québécoise bien sûr par leurs enfantements, leurs capacités d’adaptation à un monde nouveau complètement différent de celui de leur paya natal, leurs comportements procréateurs malgré souvent l’isolement provoqué par les coureurs des bois et les traiteurs de fourrures, leurs aptitudes à affronter l’hiver, leur volonté d’assurer une perpétuité à leurs engagements, probablement aussi leurs témérités, leurs déceptions, leurs défis multiples pendant des années surtout parce qu’elles nous ont légué leur courage, leur capacité de dépassement, leur volonté de réaliser leur rêve, leur débrouillardise, leur habileté aux travaux de main, leur amour de la vie de pionnières. Elles sont venues, et, comme Maria Chapdelaine, elles sont restées pour la majorité de sorte que aujourd’hui avec nos systèmes de communication IPAD, nos tablettes informatiques, nos téléphones cellulaires, nos ordinateurs superperformants… nous avons prolongé le sillon qu’elles ont tracé de sueurs, de peines, de tristesses, et de joies d’un autre ordre…Elles nous ont légué une langue, la langue française, avec l’acharnement de survivre dans un environnement anglophone envahissant réclamant une bonne dose d’identité et de conviction. Leur héritage ne se mesure pas seulement par les huit millions d’individus que nous sommes ; ce que nous leur devons de même qu’à la France qui nous les a envoyés, c’est de la reconnaissance, de la fierté, un attachement d’histoire inébranlable. Puissions-nous perpétuer cette œuvre féconde.

Irène Belleau
juin  2013
© SHFR


[1] Catherine Billot de Paris  (1670), Isabelle Couturier de Paris  (1670), Jeanne Crosnier  de Paris (1669), Espérance DuRosaire du Brésil  (1668), Marie-Anne Firman de Paris  (1667), Françoise Lange de Paris  (1673) et Marie LeBon de Champfleury du Maine (1665).

[2] Catherine Barré de La Rochelle (1663), Marie-Angélique De Portas  de Paris  (1667), Isabelle Dubreuil de Saintonge  (1665), Marie Fouquet de Normandie  (1671) et la veuve Marguerite Roy de Paris  (1665).

[3] Prévôté de Québec, registre 13, le 4 avril et le 29 juillet 1678.

[4] Yves Landry calcule que les deux tiers avaient au moins un enfant.

[5] Dont les noms nous sont connus par les archives judiciaires car les actes de baptême inscrivent « né de père inconnu ».

[6] Ils sont condamnés à 8 jours de prison, les fers aux pieds, au pain et à l’eau et à payer 15 Livres à Faye et 10 Livres d’amende à chcun des deux et les dépens du procès à 3 Livres.

[7] Jacques Foye son mari.

[8] Jugements et délibérations du Conseil Souverain, le 21 janvier 1669, registre I, 540-541.

[9] Conseil Souverain le 22/7/1669.

[10] Prévôté de Québec, registre 7, le 23/2/1694.

[11] Prévôté de Québec, registre 15, le 18/6/1680.

[12] Françoise Hébert avait annulé le 18 octobre 1667 un premier contrat avec Martin Guérard (Becquet) ; elle a épousé par la suite Jean Baptiste le 3 mai 1668 et n’a pas eu d’enfant ; elle épouse Philippe Cazelier en 1671 mais n’a pas plus d’enfant.

[13] Dumont, Fernand, Raisons communes, Boréal, Collection Papiers collés, 1995, Québec, p. 103 ss.

Administration | Réalisation DFR Media